25 décembre 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
-je trouvais parfois le moyen de m'évader avec mon copain Roger; nous partions ensemble le long de la rivière, essayer d'attrapper quelques poissons. Parfois cela nous perméttait d'améliorer le repas du soir. Mais les plus belles prises s'effectuaient dans les ruisseaux et les torrents. Celui d'Appy était le plus poissonneux mais le plus difficile d'approche à cause des méandres qu'il faisait en serpentant au travers des bosquets de noisetiers et de bouleaux. Nous mettions là en oeuvre toute notre habileté de pêcheurs. Parfois quelques méthodes pas trop règlementaires faisaient la pèche du jour lorsque les truites capricieuses se jouaient de nous. Ce lieu nous paraissait magique, mystique; mais, une atmosphère de protections célèste y régnait et doit y règner encore. Les jours de pluie, la brume envahissait le pied de la montagne de Lordat et le ruisseau disparaissait dans les ondées vaporeuses. L'humidité nous trempait plus que les grosses averses que nous attrapions en chemin. On avait pour habitude d'aller se réfugier dans une grotte, faille ouverte dans la roche de ce pog dressé sur le chemin des corniches. D'aprés les dires, dans le temps une femme y avait vécu avec sa fille; histoire vraie ou simple racontar? Mais toutefois cela avait du ou aurait pu se passer. Cette petite cavite faisait un bon abri, et se prolongeait dans la montagne. Quelques colonnes de stalagmites soutenaient la voûte. A l'entrée un foyer servait depuis longtemps de cheminée et chaque fois nous ramenions à l'intérieur du bois mort trouvé sur le sentier, lequel nous permétait de cuire ou rechauffer un casse-croûte. Depuis combien de temps ce lieu était -il fréquenté? nul ne le sait. Quelques vestiges de vieilles boites en fer et autres morceaux de casserolles sont tout se qui s'était trouvé sur le lieu; mais pour nous s'était notre cachette, notre repaire , notre chateau ou l'on pouvait imaginer toutes sortes d'histoires et se les vivre comme on en avait envie. On venait souvent à la "caougne", la caverne, à la période des morilles; le lieu était riche en champignons de printemps. Les ronses et les broussailles vavorisaient leur pousse. Il n'était pas rare de rentrer le soir avec les musettes pleines. Nous prétections avec mon ami, d'aller cueillir des noisetiers" argent " afin de confectionner des bâtons et autres manches; la saison est jumelle à celle des morilles nous le savions bien! Roger n'a jamais voulu suivre le même chemin pastoral que moi; c'est dommage on s'entendait pas mal tous les deux! mais les autres filles et garçons du village ont eu raison de son élan dans sa démarche; Lui aussi venait souvent chez les bergers, mais il ne partageait pas beaucoup; il venait avec nous lorsqu'il ne savait pas quoi faire ou bien quand il se trouvait tout seul; un peu profiteur le Roger, mais le peu qu'il à appris avec les vieux doit lui servir aujourd'hui, du moins je le souhaite.
07 novembre 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Une nouvelle rentrée scolaire au Collège d'Ax les thermes; une longue rupture, assez douloureuse par le fait que ma liberté estivale se trouvait à présent menottée. Je n'avais pas été très brillant l'année d'avant et le redoublement de classe avait pesé dans les discussions familliales. Avec quelques camarades, nous nous évadions dans la cour de récréation en de grandes pallabres sur les montagnes, les animaux; enfin tout ce que en commun nous aimions. Les jours sans classe, je partais rejoindre les jeunes du village, à faire du vélo. Ce vélo, un cadeau de Noel offert par mes parents. Ils s'étaient saignés pour me l'offrir. Ma mère avait fait quelques extrats en cuisine chez des châtelains et mon père avait prété la main à quelques amis alentours. Je me le chouchoutais ce vélo "Peugeot"! Je louais moi aussi mes services en allant faire quelques courses aux épiceries du secteur, bureau de tabac et autre boutiques implantées sur des communes voisines. Quelques francs de récompence me faisaient afficher un sourire de satisfaction, presque de fierté; me prouvant que moi aussi je pouvais rentrer quelques argents pour la maison.
Je profitais souvent de mes sorties à byciclette pour m'éloigner un peu du village et rêvasser sur d'autres lieux extérieurs à mon village. J'aimais aller à Urs, à la vieille église; je montais sur les murs du vieux château . Je m'assayais sur les vieilles pierre apparentes parfois parmi le lierre, et là, le vent dans les cheveux je regardais dans la vallée, loin aprés la rivierre; cette place forte de l'époque, avait bien sa place; de cette hauteur on voyait tout. Toute une histoire incrustée dans ces rochers assemblés par la main de l'homme. De cette hauteur comme moi, ils voyaient tout. Cette période de début d'automne portait plus loin le regard, les arbres à moitié dépouillés se laissaient traverser par l'oeil qui pouvait ainsi aller plus loin. Le ruban d'argent que faisait l'Ariège en scintillant dans le soleil déjà bas, me génait et je reposait ma vue sur les couleurs brunies des grandes fougères, des rouges des cerisiers clairsemés des verts clairs et jaunes des frênes et des noisetiers.
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
-Comme prévu, elles étaient remontées des bois; sortant de la légère brume qui flottait encore sur leurs talons; les dernières traînardes se hataient maintenant pour arriver aux pierres à sel; "les assaladous" de Beille" Bédé"en dialecte local, auraient beaucpups de choses à dire si, ils pouvaient parler. Combien de tonnes de sel, ont ils reçus et combien de mains l'ont servi? Dieu seul le sait. Mais depuis la nuit des temps les hommes, tous ses gardiens ont fait le même geste, la même prière afin que les animaux le prenne bien et que les anciennes protections les assistent tout au long de la durée de l'estive. Un moment d'approche et d'amitié; presque un remerciement réciproque! une complicité sans limite pour celui qui sait lire dans leur tête. Une approche ou l'observation sera plus assidue, ou les soins seront plus facilement appliqués, car repues de ce sel bienfaiteur, les vaches et les brebis , plus tranquilles, se laissent plus aisément manipuler.
Dans le bruit des clarines et des beuglements, nous évoluons au milieu de toutes ces pâttes, toutes ces cornes, au milieu de toute cette masse opulante et mouvante. Quelques effarouchées reviennent sur leur pas une fois leur crainte disparue et se remettent à lécher les pierres toutes mouillées de salive.
" Il en manque une"! dit Victor;
"Une de chez Gaby"! Son oeil d'expert fouillait le troupeau maintenant plus éclairci et cherchait toujours.
"Son veau est là; il n'appele pas! remarque, il est gros et se passe de sa mère! il à suivi les autres et la fille de celle qui manque! il à du se passer quelque chose par en-bas! la foudre de l'autre soir ou bien une chutte; enfin quelque chose s'est passé pour que cette vache manque! elle aurait du être dans les premières arrivées; et puis, rien; pas de Soula à la jasse"!
Soula , il faudrait bien le prévenir, qu'il lui en manque une, qu'elle n'est pas ressortie des bois depuis l'orage. Puis on chercherait, avec les chiens et les indices laissés sur le terrain; et d'ici peu il y aurait les vautours qui planeraient au dessus des parcours. Laissés sur place si on ne peut accéder, les animaux morts sur l'estive sont le plus souvent dépecés par les rapaces, les sangliers et les sauvagines; au bout de quelques temps il ne reste presque plus rien sinon quelques fragments déciminés et blanchis par le soleil et les intempéries. Bien souvent , il faut ensevelir et ce n'est toujours pas du plus facile. Creuser pour un gros animal prends bien trois à quatre heures en moyenne selon le terrain. A trois bonhommes comme l'on dit de bonne volonté, cela n'est mal! parfois il faut creuser plusieurs trous à cause des roches, alors ensuite on découpe le cadavre. La hache et la grande serpe à long manche sont les outils les plus adaptés. Je ne me prolonge pas sur tout ce qui est odeurs et autres causes de répugnance; le pire de tout sont les "jus" et les asticots. Pierres et chaux-vive feront partie de la sépulture, la terre sera remontée en un tumulus qui s'éffondrera au fil du temps.
Nous l'avons trouvé cette vache de Soula! La foudre avait frappé! elle gisait là, sous un grand hêtre, noircis tous les deux par l'éclair. On du ensevelir tout de même, la bête étant sur une piste empruntée par les coupeurs de bois et les visiteurs de la vallée. De plus un animal foudroyé n'est consommé par aucun charognard. Même les chiens ne s'en approchent pas. On avait récupéré la cloche qu'elle portait; elle sentait le soufre et était déjà rouillée. Elle referait bien d'autres campagnes cette cloche, on l'envellopa dans un chiffon et on rentra sur la jasse afin de se laver et se reposer.
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Le coup de tonnere que l'on avait entendu en avait entraîné d'autres, et le plus gros de l'orage avait duré pratiquement toute la nuit. Par intermitance il reprenait , puis s'estompait pour reprendre sur une autre contrée.
Debout de bonne heure comme chaque jour, on ne s'aventura pas trop sur la jasse. La pluie faisait des rebonds dans les flaques et la brume poussée par le vent roulait sur l'herbe laissant par moment appercevoir un morceau de paysage. L'air assez vif nous maintint au dedans de notre petite demeure. Victor s'était déjà recouché, histoire dit-il de faire dormir les yeux encore une heure ou deux. Je fis de même, pendant que Firmin lâchait les chiennes qui partirent tout droit vers le bosquet. Il n'eut pas besoin de les appeler; passant toute les deux le museau par la porte entrebaillée, elles attendaient un quelque chose à croquer tombé du ciel. L'homme avait préparé les gamelles et les amena au "chais", petit abri sous l'avancée de toit qui leur servait de remise. Il ne tarda pas lui non plus à revenir, et raviva le feu qui s'omnolait lui aussi comme nous. La chaleur vint carresser nos visages et une bonne odeur de hêtre brulé envahit la pièce. Le berger poussa le trépied forgé dans les braises, posa dessus le toupin noirci dans lequel il avait mis les légumes et tout ce qu'il fallait pour nous faire une bonne soupe. Il restait du café; il avait tiédi dans les cendres. Un verre me fut présenté; chaud juste comme je l'aimais avec un morceau de sucre. Il me regardait boire; assis sur la table, les jambes pendantes.
" Aquo ay bou pétit, fa bé per ou qué passo"!
-j'avais souri, je le remerciai à nouveau et lui aussi bu le sien. je lui rendi le verre qu'il plongea dans le seau à vaisselle, le rinça et le déposa sur la petite étagère faite d'une coste de pin posée à l'envers. Le dessous tout cabossé de la plance avait reçu quelques crochets à vis ou venaient se suspendrent torchons et gants de toilette. Un vieux miroir à chainette reflétait les ombres dansantes du feu. Le mobilier ne valait pas une fortune,mais suffisait à nos besoins et pour nous il valait une fortune. Les bêtes dans l'estive, feraient comme nous; elles attendraient un peu plus longtemps pour démarrer, iraient manger, puis se trouveraient un abri dans les bois afin de ne pas trop avoir froid avec le dos mouillé. Pas un bruit! pas un seul tintement de cloche que le vent aurait pu nous amener! Nous étions seuls; seuls dans cette immencité, dans cette nature ou tout était régis par la météo. Pour l'instant tout le monde s'était rendormi. On irait chercher les animaux quand il ferait meilleur; de toute manière elles arriveraient en grande partie toutes seules, car les premiers rayons de soleil leur annonceraient que bientôt il y aura l'assalage.
06 novembre 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
"-Je ne juge personne, tu sais Ramon, mais je trouve tout de même que tu vas un peu loin; tu en parle de ces loups comme si tu en avais peur! je ne dis pas que tu soies poltron, ne prends pas mes dires sous cet angle, mais la manière dont tu en cause me laisse penser qu'il y a autre chose que tu as partagé avec ces bêtes; quelque chose peut-être de plus intime qui te permet de mieux les connaître que nous!"
" On ne s'est jamais rencontré auparavant Firmin, tu penses ce que tu veut, mais dis toi bien que chez nous au Pays Basque espagnol le loup s'invite encore l'hiver dans nos hameaux et qu'il souffle sous les portes des étables et des bergeries. Les gens comme sûrement chez vous, dans le temps ont appris leurs habitudes et manières de faire; il se dit encore dans mon village que ma mère qui était "brucho" causait avec eux."
Victor se leva pour tirer du bois qu'il mis à cheval sur la souche rougeyante et une volée d'intincelles s'éléva vers le ciel noir. La clarté des flammes fit briller les visages et les yeux des chiens du basque au loin. Une appehension, mais non, s'était bien les chiens du Basque. La chaussette de la vieille cafetière s'égoutait lentement dans un quart en alluminium disposé au dessous à cet effet. l'odeur de la chaude boisson envahit l'espace d'un instant nos narines;les verres pleins, durant un long moment, tout le monde se régalait de ce café, tellement bon que j'aurai voulu qu'il dure une heure.
"Tu dormiras sous l'apenti de la cabane , le jass y est bon et le feu te réchauffera toute la nuit."
"Merci à vous" dit le berger, "ça m'ira très bien, je partirai tôt car j'ai un rendez-vous à Tarascon; je pense trouver quelqu'un qui nous y mènera mes chiens et moi depuis les Cabannes. On se reverra! quand je ne sais pas; je remonterai par Aston sur la frontière."
Il alla voir les deux chiens dont on distinguait la silhouette dans la pénombre de la jasse juste éclairée par les grandes flammes de ce feu si sécurisant.
Un geste de la main aprés nous avoir dit merci pour l'accueil, nous fit comprendre que l'on pouvait aller se coucher. je parti aux buissons; les plus prôches m'allèrent très bien et j'eus vite fait de pisser. Je croisait Vic et Firmin qui allaient eux aussi se soulager pour la nuit.
"Ou t'en bas tant vito?" me lança Vic
"A la plumo" lui repondis-je à demi débraillé; manquant de tomber sur une racine; vite, dedans, tant qu'il y a de la lumière.
Ce Basque aussi, comme les anciens m'avait mis la peur et je m'enfouit dans les peaux de mouton bien au chaud.
"Hou!Hou!," fit Firmin en entrant dans la biquoque; et de ces grosses pognes tâtait partout dans ma literie pour me trouver. ce n'était que cris et rires.
"Hou!hou!hououou! drôlo,oh drôlo, ou n'ets; qué té bas fait mandja!"
Vic entrant à son tour qui s'y mis aussi.
"Mais bon sang, vous êtes fous tous les deux! c'est bientôt fini ce raffut; je vous met dehors pour vous expliquer"!
"Non pas dehors, pas dehors il y a le loup!" lui criais-je!
"mais non", répondait Firmin en rigolant,
"le loup, il est là et c'est moi le loup".
Et à nouveau rires et cris. C'était là nos distractions du soir. On entendit les pas du Basque qui se rapprochait, il nous souhaita une bonne nuit et encore un merci pour la soirée.
C'est les larmes au yeux d'avoir tant ri que Firmin m'arrangea mon plumard, trouvant encore pour prolonger la plaisanterie le moyen de me faire quelques chatouilles qui me firent à nouveau m'esclaffer en sourdine.
"quand vous aurez fini tous les deux , on pourra peut-être dormir"!
nous lança le vacher déjà couché.
"Croyez moi que s'en est monde ça! mais on va faire avec!"
et à nouveau les rires; puis le calme puis, plus rien.
L'autre était parti; sans bruit;Il avait laissé suspendu dans un papier gras un morceau de fromage et de lard que l'on à trouva au clou de l'entrée. Il avait marqué son passage; un échange bien naturel que nous connaissons nous autres hommes de la montagne. Il devait revenir nous voir; on ne le revit jamais, ni nouvelles, ni rencontres en d'autres lieux. D'ailleurs, je ne me rappele pas qu'on lui ai demandé ou il avait son estive; Il est vrai que passé l'horizon de nos limites et connaissancesde certains secteurs de montagnes, ailleurs, s'était l'étranger.
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.-
Un coup de tonnere me fit sursauter; la pluie s'abbatait de plus belle sur la petite maison. Le vent sifflait à nouveau me plongeant un peu plus dans ma frayeur enfantine. Je me faisait peur tout seul, j'entendait même des dizaines de loups qui essayaient de rentrer dans notre petit abri. J'en transpirait et recroquevillé tel un foetus, je me retenait pour ne pas appeler les anciens. Eux, ils dormaient en un trio de ronfleurs, ronflements que je n'avais pas entendu tellement je m'étais plongé dans leurs histoires. Je me fis une raison, et retrouvant une certaine assurance, je me mit plus confortablement dans mon lit. Les flammes du "cantou", dansaient au plafond, faisant de grandes ombres animées dont je tentait de définir une ressemblence avec quelque chose; un treffle, une tête, un être bizarre, un animal ....; le sommeil était long à arriver, et dans ma tête me revint encore une histoire de loups, contée un soir par un berger de passage.
Ce dernier était itinérant et avait trouvé pour la saison une estive dans l'autre vallée. "Ramon qu'il s'appelait ou quelque chose dans ce genre. Il venait du Pays Basque et était de par sa stature un grand gaillard , costaud avec tout ce qu'il faut là ou il faut. Il était arrivé comme ça, en début de soirée, se présenter et faire connaissance avec les voisins les plus prôches de sa montagne. Un chien des Pyrénées Labry et un croisé de quelque chose à queue courte le suivaient. Il les fit se coucher assez loin de la cabanne pour ne pas déranger, et inciter les nôtres à aller les attaquer. La sultane et la Fauvette les sentirent et se dirigèrent vers lui qui arrivait de son pas lent, le bâton sous l'aisselle.Un coup de sifflet de Vic, les deux chiennes revinrent à la cabane et ne cessèrent de fixer le nouvel arrivant.
" Bonsoir messieurs", dit-il en français;à son accent on avait compris que c'était le Basque; à la montagne tout se sait, et ,des langues renseignées avait parlées d'un nouveau pâtre venu de "vers Bayonne", qui avait trouvé du travail dans une montagne de l'Aston. Il ne devait pas parler notre patois et on l'acceuillit également en français.
Il avait déposé sur le banc de l'entrée sa besace en peau de mouton, et en sortit une blague à tabac afin de bourrer une pipe. Une fois sa bouffarde remplie il tendit à Firmin le "saquet" de cuir. Lui, sortit de son gilet un carnet de papier afin de rouler un "barreau", comme il disait. Victor arriva un peu plus tard et la conversation continua. Un meli-melo de tout ce qu'il y avait de comestible dans la cabane et quelques bricoles que le basque avait amené avec lui nous permirent de faire à souper. Il plissait les yeux lorsqu'il parlait; pour appuyer sur l'importance de ce qu'il révélait.
"J'ai trouvé quelques carcasses de brebis dans la coûme au dessus de ce barrage élèctrique en dessous de chez vous!" Il parlait sûrement de la retenue d'eau de Riete;
"ho ba! dit Firmin" laissant le bout de fromage sur son couteau. La bouche ouverte il analysait les dires du grand bonhomme.
Ramon repris;
" Ne tinquiètte pas pâstre! ce qui reste sont des os blanchis. je pense que les loups on nettoyés dans la disette, ce qui n'a pu être ramassé assez vite à l'automne. La neige les aura aidés à manger"!
C'est vrai qu'il s'était dit qu'il avait manqué des bêtes à un tel ou un tel, La coûme de varilles, Rieutort, Garssan s'était de ces parages dont il se parlait aux foires.
Il y en avait donc de ces loups, qui venaient de l'espagne et de l'Andorre! Mais l'été , comme le disaient les deux anciens depuis longtemps on n'avait pas eu d'attaques; Ils avaient d'autres contrées que les nôtres, et c'est tant mieux!
- Victor, ne se retint pas;
"On n'en a pas besoin de ça par les pieds; qu'ils se restent ou ils sont!"
" Si il en arrive dit Firmin on a les "pétoires" avec ce qu'il faut dedans. ça ne sera pas facile mais on en aura tout de même de ces bêtes du diable"!
"T'en tuera peut-être quelques uns, mais tu ne les auras pas tous! Les loups tu sais, pour la survie de la meute ou de la horde il sont prèts à se sacrifier ou à sacrifier un des leurs. Ne prends pas mal ce que je te dis mais chez nous dans les maquis au Pays Basque, on n'a pu en finir; On les connais biens ces animaux et on en a fait école. Le temps que tu te glorifie d'en avoir tué un ou une, les autres ont fait tout le travail et ton sourire retombera bien vite quand tu auras vu les dégats. Le loup, c'est le plus malin, tu le voies et tu le ne le voies plus. Quand tu l'apperçoit c'est qu'il le veut bien car il a un plan derrière l'oreille. De loin il sait que tu ne prèteras pas attention aux détails de son pelage et si tu observe un jour une marque sur celui que tu auras devant toi, essaies de voir si celui que tu auras devant toi un autre jour est le même qui s'est présenté à tes yeux. Il sait attendre, il sait passer faim,car il sait qu'il mangera. Lui, il sait tout! il endort les jeunes gardiens et leurs chiens, presques comme par magie. Il lit dans ta tête et te fais croire des choses, que jalouserait une belle fiancée".
Il bu un coup à la"boûte", s'éssuya de la manche les lèvres et se remis une rasade. Il passa la gourde, elle arriva dans mes mains. Mon regard ne cessait d'observer ce berger venu d'ailleurs, tombé chez nous comme ça, un soir.
Il était comme le loup dont il parlait, il m'envoutait de sa voix, me paralysant la bonne volonté dont je m'étais doté depuis ce matin dès le lever. Je "tournicotais" le cordon qui retenait le bouchon; Victor fixa mes mains; son regard croisa le miens. je déposais délicatement la gourde contre le banc et joins mes mains autour de mes genoux, écoutant le silence du moment. Une brindille craqua dans le feu; le Basque en profita pour rallumer sa pipe et aprés quelques nuages de fumée bleue, il repris de plus belle.
"Tu marches, tranquille, et tu penses à lui! rien, tu n'entends rien! alors, machinalement tu te retournes et le buisson derrière ton dos remue encore; il était là, il te suivait, il a surpris ta réflexion et il est parti se cacher à nouveau; bien en avant sur ton parcours. Il va attendre, attendre que tu arrives, que tu ne penses pas à lui, de manière qu'il puisse t'étudier, faire sienne tes réactions, tes mouvements et ceux de ton troupeau. Pendant qu'il te distrait les autres compères ont mis en place un plan d'attaque minutieusement établi. Une stratégie de guerre s'est tissée jour aprés jour; ils ont fait de ta naiveté leur complicité. Dans la meute, les rabatteurs se sont roulé dans les crottes des coutcades afin de s'imprégner de l'odeur de tes bêtes pour les approcher au plus prés.En général il mettent leur plan à exécution une fois qu'ils ont trouvé sur le terrain tout ce qui allait les aider et surtout la fuite et le replis. Alors, au grand jour il se fait voir, pas toujours mais souvent; si tu ne l'apperçoit pas c'est qu'il sait que tu n'est pas assidu à ton travail et qu'il n'a pas besoin de faire l'âppat. Alors il est trop tard pour toi berger! tes brebis sont mieux ramassée par eux que par tes chiens; les rabatteurs sont en positions, les autres égorgent, mordent traînnent et emportent. Ils te laissent de la casse sur le lieu d'attaque et font fuir ton troupeau pour qu'il se disperse et s'épouvante un peu plus. La course pour beaucoup de tes brebis se termine malheureusement au fond d'une gorge, celle d'un loup, ou d'un ravin. Alors tu les maudieras, et toi aussi tu te mettras des coups de poing dans la poitrine par vexation, tu casseras ton bâton par colère et t'en prendras à tes chiens, au bon dieu, au diable; mais tu continueras et soigneras ce qu'il ont laissé en attente de les finir un autre jour ou une autre nuit. Il est prédateur, il n'ettoieras ce qui est blessé ou mal guerri et montera un nouveau d'attaque pour te les prendre.
16 février 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
- La neige s'était mise à tomber à nouveau et le soir arrivait. Les rues glacées recouvertes d'un manteau tout neuf descendu du ciel pendant la journée amortissait les pas d'Edouard; parfois les clous de ses sabots raclaient un glaçon tombé d'un toit; il avait froid, il avait faim et peur. Il sentit l'odeur de la forge qui tournait encore à cette heure; la fumée noire de charbonille s'élévait au dessus du bosquet. Il y avait du monde à l'intérieur, cela était réconfortant. Sous l'avancée de toit il trouva de la paille mise là à disposition pour remplir les sabots, il se déchaussa; les pieds lui faissaient très mal, il ne sentait plus ses orteils. Il laissa glisser sa cape alourdie par la neige fondue et la sueur. Son chapeau à la main il pénétra dans l'atelier. Tous furent étonnés de le voir à cette heure ci. La porte se referma toute seule, poussée par le vent qui commençait à siffler au travers des planches mal jointes. Lazerge l'accueillit d'un :
" Tu t'es perdu Edouard? Qu'est-ce qui t'amène?"
Des chiens aboyaient au dehors; tous firent silence. Edouard s'avait pourquoi!
"Ils ont senti mon compagnon de route, et je vous jure que je m'en serai bien passé de cette rencontre!"
Alors il raconta tout son parcour; bien que tous soient chasseur, ils se sentaient fort à l'intérieur du bâtiment.
"je vous jure, il est énorme! un loup tout seul! Il aurait pu me croquer dix fois s'il avait voulu! et tout ça pour une maudite charrue!
Le ventre de cuir du soufflet venait de s'abattre sur les braises et déjà la lumière et la chaleur revenait dans la pièce sombre. Des outils partout, au fond des logettes avec à l'intérieur un cheval et une mule qui mangeaient. Les visages étaient rougeoyants et assis sur un demi-tonneau retourné Edouard demanda au forgeron de lui préter une de ses grosses lanternes pour le retour. Lazerge, se recula du foyer.
"Tu ne penses tout de même pas rentrer à Foix cette nuit? je te fais la pièce , tu manges et tu dors et demain il fera jour!"
"J'ai une bête qui est prète, et il faudra peut-être l'assister; et puis la femme se fera un sang d'encre!"
"Ne penses pas à tout çà, elle ne viendra pas te chercher!"
"Non, il faut que je rentre, avec le fanal ça ira; j'ia aussi la pique , elle est bien affûtée!"
- Le "ranq" ( le boiteux), sortit!
Le vent s'engouffra dans la forge, l'autre se retourna aussitôt la tête blanchie
"Tu pars pas Edouard! c'est moi qui te le dis! Si tu pars tu es un homme mort; d'abord par la tempête et puis mangé par le loup! Tu pars pas Edourd! tu pars pas!"
"Il a raison, reste ici je te dis!"
Le frère du forgeron, sortit à son tour et partit à la maison prévenir qu'il fallait tout fermer ce soir, et qu'un loup rôdait au village, qu'il avait suivi l'ancien depuis Foix! Il y eut bientôt dans la forge tout le quartier. Louise avait ramené de la soupe chaude , du café et de "la goutte". Edouard ne se fit pas prier. Louise essaya elle aussi de le résonner mais en vain.
"Alors! lui dit-elle vous pourrez repartir avec le docteur et son"carras"! il part cete nuit pour Foix!
"Alors il lui dit:
"Il faut lui demander"!
Le docteur fut mis au courant de la situation et fut ravi de partager la route avec le vieux. Lui aussi, être accompagné par cet animal ne l'enchantait guère.
Le carras partit et au loin la faible lumière de la lanterne disparut dans la nuit. La neige tombait toujours et le cheval arnaché, peinait beaucoup dans les côtes. Ils ne s'apperçurent pas tout de suite que le loup aussi faisait le retour avec eux. Il ne s'était pas montré tout de suite; la lueur le tenant éloigné. C'est à l'arrét qu'ils firent sur le trajet pour dégager la neige amassée sous le traineau que le docteur remarqua deux yeux orange qui se mouvaient dans les tallus.
"Il est là! il suit toujours; tenez biens le cheval qu'il n'ai pas peur!
Il partirent et le retour malgré tout leur sembla bien long. Arrivés dans la nuit au vieux cimetière, il s'apperçurent que le loup venait de sauter par dessus les vieilles pièrres. Il rentrait chez lui; le ventre toujours creux cette fois.
04 février 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
-Ce soir là, j'avais dormi sous le toit, sur le lit à une place; il était plus étroit mais dépannait bien . Jean dormait en bas, à ma place habituelle. Appuyé contre la rambarde de bois, j'étais bien emmitouflé et n'avait pas froid. On entendait le vent au dehors et parfois les chiens qui "couinnaient" dans la "bourdique" d'à côté. Ils m'avaient mis la trouille au ventre, les deux autres avec leurs histoires de loups! Je ne bougeait pas dans mon couchage, j'y était bien malgré le manque de confort du matelas d'en dessous.
Je me rappelle ma grand mère qui racontait souvent aux veillées l'histoire de son grand-oncle, Edourd Morère qui s'était fait suivre depuis Foix jusqu'à Celles, par un grand solitaire qui avait élu domicile dans un vieux cimetière aux alentours d'un hameau de Soula. Comme elle le disait, dans les années 1900, il neigeait plus que de nos jours et le froid durait longtemps.
Il était parti, cet homme, seul et à pied faire réparer une piece de charue qu'il emportait dans une musette. C'est l'hiver que l'on rénove le matériel de la ferme et ce jour là, il avait décidé de partir à Celles. Sa femme, Louise n'avait pu l'en dissuader et rien n'y avait fait. Chaussé de sabots et de jambières, muni de son bâton férré, sa pique, qui vous le verrez plus tard porte bien son nom de "pique à loup", le bérèt enfoncé jusqu'aux oreilles et sa pelisse de peau, il y avait déjà pas mal de temps qu'il marchait coupant au travers des bosquets et prenant les chemins les plus courts afin de gagner la voie principale. Il avait dépassé ce vieux cimetière lorsqu'une appréhention le fit se retourner. Un bruit sourd, suivi d'un feulement grognon lui fit comprendre qu'il allait avoir du retard. Il ajusta la dragonne de son bâton et commença à accélérer le pas. De sa grosse vois il se mit à parler haut et même à chanter. Moulinant l'air de sa canne , il distança un peu plus le loup qui s'était mis à le suivre.
La masse grise de l'animal tranchait bien avec le blanc immaculé de la neige. Parfois passant sous les ramûres courbées il tapait sur les troncs faisant tomber les amas neigeux des branches. L'autre suivait toujours, disparaissant par instant, puis le surplombant d'un tâlus, pour disparaitre à nouveau et ressurgir sur les talons de l'oncle. Le chemin lui parut interminable, et il fut satisfait de voir au loin les toits de Celles. Il aurait pu passer directement par St Paul, mais la fatigue et la peur le décidèrent à continuer et à ne pas se détourner. Le soir tombait lorsqu'il arriva en vue de la première maison; là il s'arrèta et pris de l'eau à la fontaine tout gelée. Le loup s'était assis au milieu du chemin; fixant l'homme de ses yeux; immobile. Puis soudain bondit dans un fourré et disparut. Edourd repris son matériel, traversa le pont, dépassa la maison de Maître et se dirigea vers la maison du forgeron. A suivre.....
02 février 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
-La cabane était petite, mais on y était bien! surtout lorsqu'au dehors se déchaînait la tempête, et que sur le toit frappaient les tourbillons de pluie et de grêle. Elle était, c'est vrai, très sécurisante et pour preuve, il ne manquait pas une fois quand le temps était mauvais que quelqu'un vienne partager notre repas et notre hospitalité pour la nuit. Nous étions dans ces cas là, un peu à l'étroit mais on se débrouillait; on suspendait tout ce que l'on pouvait et on glissait sous " le jass" le plus encombrant du matériel que nous mettions à l'abri tous les soirs. La grosse lampe à pétrole occillait légèrement sous la pression des courants d'air qui passaient sous les faîtières d'ardoises. dans la cheminée, la crémaillère et le trepied, tenaient au chaud le repas.
-Un nuage de brume avait suivi Jean, dès son entrée. Jean Of était le fils de Firmin. La mule n'était pas encore arrivée avec le ravitaillement; la tourmente l'avait stoppée dans un bosquet. La bête attendrait une acalmie pour redémarrer et continuer son chemin qu'elle connaissait par coeur. Jean n'avait pas insisté à lui tirer sur la bride pour la faire avancer, elle s'était piquettée là, contre un pin et avait décidé de ne plus bouger. Le ciré de l'armée sur le dos et prennant les double musettes, il était parti dans la pluie et le vent. Se perdre, aurait pu lui arriver, mais il avait aussitôt repris le sentier principal des animaux, et comme eux était arrivé mouillé mais sans encombre au petit refuge. Firmin rigolait toujours de tout, et tout, le faisait rire! Voyant son fils trempé de la tête aux pieds, il lui avit tiré une boutade. Vite changé et réchauffé, Jean comme nous, avions apprécié la soupe et l'omelette au lard. Dans les sacs qu'il avait ramené, il y avait du café à moudre; lequel faisait défaut depuis quelques temps.
Je m'était mis au moulin, mesurant du petit tiroir la quantité de grains à réduire en une poudre odorante dont je me régalais.
- Et c'etait reparti!
"Heureusement que les loups ne t'ont pas mangé! remarque qu'ils n'auraient pas fait un gros festin, vu ta taille, ils auraient eu plus de bouillon que de viande! Le moulin s'arrètait, et nos rires couvraient le chant du vent. Il est vrai que Jean n'était pas épais, mais les fauves l'auraient sûrement croqué.
-Jean répondait aussitôt, ne voulant pas que l'on se moque de lui longtemps.
" C'est sûr qu'ils m'auraient préféré à toi! Tu es trop dur et ils se seraient cassé les dents !"
On reprenait la discussion aussitôt sur la météo du lendemain, la virée à donner, mais avant tout cela il fallait laisser remonter des bois vaches et brebis, qui elles aussi, comme la mule, avaient trouvé abrit plus bas en vallée.
"Dis moi Firmin, il y en avait des loups ici"?
"Comme partout, dans le temps et à la montagne comme dans les villages on se méfiait. Il y a bien des années qu'ils ne sont pas venus, mais ils peuvent arriver à nouveau, un jour! l'Espagne n'est pas loin et ils marchent longtemps! Parfois il y a de la "casse" dans les montagnes et on dit que c'est les chiens sauvages, si on disait les loups, on ne nous croirait pas!"
Un bref silence puis il reprit:
"Regarde le Jean, il dit plus rien; croies moi que si il y en avait rencontré un en chemin, il n'aurait pas mis si longtemps pour nous amener la musette! ou bien, on n'aurait rien eu du tout; il serait reparti ou bien mangé dans un coin!"
Rires encore, en buvant le café qui venait de passer au travers de la chaussette de la vieille cafetière noircie. Dehors la tempête continuait, mais dans la vieille barraque nous étions bien! A suivre.....
23 janvier 2011
bergers d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
- Ici rien ne changeait, comme je le disais précédamment. Une continuelle renaissance florale , plus visible que dans les vallées nous invitait presque nous aussi à arrèter le temps,puis le relancer comme ça, d'un claquement de doigts. Les années passaient et mon entrée en secondaire m'avait pesée. D'un coup lâché sur l'extérieur, un collège strict à Ax les thermes, avec ses obligations autres que celles de la petite école primaire de Vèbre. Une rupture avec mes habitudes de villageois. Il est vrai que lorsque je quittais mes parents pour l'estive pendant cinq mois, cela me faisait plaisir de les retrouver; ils n'étaient pas bien loin et ne faisait pas attention à leur absence car le lien se faisait toujours par le biais de quequ'un qui montait nous visiter et rapportait des nouvelles. Mais là, au collège sachant pourtant que je rentrais tous les soirs, cela me bloquait le coeur tous les matins. aussitôt parti, tous me manquaient, les parents , les vieux, les chemins, les animaux enfin tout ce que j'aimais et qui était mon monde à moi. Puis une fois arrivé le fait de voir les grilles et le portail principal fermé à double tour me donnait l'impression de suffoquer. Ce faire quelques nouveaux amis fut assez difficile, car c'est dans l'enceinte de ce collège que je découvris ce qu'était vraiment la différence de classe sociale. Ville bourgeoise, le collège d'Ax les thermes comptait beaucoups de fils et filles de notables, mon allure de petit paysan se reconnaissait assez vite avec celle des enfants issus du même milieu arrivés d'autres hameaux ou villages isolés. Les fils d'ouvriers aussi se remarquaient, mais les enfants des cadres industriels ou de la fonction publique rivalisaient entre eux la meilleure place afin de se faire apprécier par les professeurs. Enfin cela se passa et à nouveau je partis sur les hauteurs continuer une autre école, celle pour qui j'aurais même étudié la nuit.
